Les Pères de l'Église et les animaux

Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 143
21,95$
Éditeur : 
ISBN : 
9782853138543
Date de parution : 
Mardi, 6 décembre, 2016
Description physique: 
Broché ; 64 p. ; 16 x 24 cm ; 116 g

« Une fois, vers le soir, alors que saint Jérôme était assis avec ses frères pour écouter une lecture de piété, tout à coup un lion entra tout boitant dans le monastère. À sa vue, les frères prirent tous la fuite ; mais Jérôme s'avança au-devant de lui comme il l'eût fait pour un hôte. Le lion montra alors qu'il était blessé au pied, et Jérôme appela les frères en leur ordonnant de laver les pieds du lion et de chercher avec soin la place de la blessure. On découvrit que des ronces lui avaient déchiré la plante des pieds. Toute sorte de soins furent employés et le lion, guéri, s'apprivoisa et resta avec la communauté comme un animal domestique. Mais Jérôme voyant que ce n'était pas tant pour guérir le pied du lion que pour l'utilité qu'on en pourrait retirer que le Seigneur le leur avait envoyé, de l'avis des frères, il lui confia le soin de mener lui-même au pâturage et d'y garder l'âne qu'on emploi à apporter du bois de la forêt. Ce qui se fit : car l'âne ayant été confié au lion, celui-ci, comme un pasteur habile, servait de compagnon à l'âne qui allait tous les jours aux champs, et il était son défenseur le plus vigilant durant qu'il paissait ça et là. Néanmoins, afin de prendre lui-même sa nourriture et pour que l'âne pût se livrer à son travail d'habitude, tous les jours, à des heures fixes, il revenait avec lui à la maison. Or, il arriva que comme l'âne était à paître, le lion s'étant endormi d'un profond sommeil, passèrent des marchands avec des chameaux : ils virent l'âne seul et l'emmenèrent au plus vite. À son réveil, le lion ne trouvant plus son compagnon, se mit à courir çà et là en rugissant. Enfin, ne le rencontrant pas, il s'en vint tout triste aux portes du monastère, et n'eut pas la hardiesse d'entrer comme il le faisait d'habitude, tant il était honteux. Les frères le voyant rentrer plus tard que de coutume et sans l'âne, crurent que, poussé par la faim, il avait mangé cette bête ; et ils ne voulurent pas lui donner sa pitance accoutumée, en lui disant : "Va manger ce qui t'est resté de l'ânon, va assouvir ta gloutonnerie." Cependant comme ils n'étaient pas certains qu'il eût commis cette mauvaise action, ils allèrent aux pâtures voir si, par hasard, ils ne rencontreraient pas un indice prouvant que l'âne était mort, et comme ils ne trouvèrent rien, ils vinrent raconter le tout à saint Jérôme. D'après les avis du saint, on chargea le lion de remplir la fonction de l'âne ; on alla couper du bois et on le lui mit sur le dos. Le lion supporta cela avec patience : mais un jour qu'il avait rempli sa tâche, il alla dans la campagne et se mit à courir çà et là, dans le désir de savoir ce qui était advenu de son compagnon, quand il vit venir au loin des marchands conduisant des chameaux chargés et un âne en avant. Car l'usage de ce pays est que quand on va au loin avec des chameaux, ceux-ci afin de pouvoir suivre une route plus directe, soient précédés par un âne qui les conduit au moyen d'une corde attachée à son cou. Le lion, ayant reconnu l'âne, se précipita sur ces gens avec d'affreux rugissements et les mit tous en fuite. En proie à la colère, frappant avec force la terre de sa queue, il força les chameaux épouvantés d'aller par-devant lui à l'étable du monastère, chargés comme ils l'étaient. Quand les frères virent cela, ils en informèrent saint Jérôme : "Lavez, très chers frères, dit le saint, lavez les pieds de nos hôtes ; donnez-leur à manger et attendez là-dessus la volonté du Seigneur." Alors le lion se mit à courir plein de joie dans le monastère comme il le faisait jadis, se prosternant aux pieds de chaque frère. Il paraissait, en folâtrant avec sa queue, demander grâce pour une faute qu'il n'avait pas commise. Saint Jérôme, qui savait ce qui allait arriver, dit aux frères : "Allez, mes frères, préparer ce qu'il faut aux hôtes qui viennent ici." Il parlait encore quand un messager annonça qu'à la porte se trouvaient des hôtes qui voulaient voir l'abbé. Celui-ci alla les trouver ; les marchands se jetèrent de suite à ses pieds, lui demandant pardon pour la faute dont ils s'étaient rendus coupables. L'abbé les fit relever avec bonté et leur commanda de reprendre leur bien et de ne pas voler celui des autres. Ils se mirent alors à prier saint Jérôme d'accepter la moitié de leur huile et de les bénir. Après bien des instances, ils contraignirent le saint à accepter leur offrande. Or, ils promirent de donner aux frères, chaque année, une pareille quantité d'huile et d'imposer la même obligation à leurs héritiers. »
Légende compilée sur une prétendue vie du saint par Eusèbe de Crémone.

Les Pères de l'Église et les animaux Cpe n° 143
Éditorial 1
Marie-Anne Vannier
La vision plinienne des animaux et sa place dans la tradition zoologique 2
Stéphane Schmitt
La fourmi chez les Pères latins. Des représentations antiques à la « fourmi de Dieu » 7
Régis Courtray
Les oiseaux dans l'Exameron d'Ambroise de Milan 20
Laurence Gosserez
Rosemary's Baby ou les noces de Bélial. Fécondée par Satan, l'âme pécheresse conçoit et enfante à la façon de la vipère (Commentaire de Prudence, Hamartigénie, v. 581-620) 26
Paul Mattei
Les animaux et les Pères du désert. Histoires, symboles, portée théologique 36
Marlène Kanaan
La figure allégorique de la colombe chez les Pères latins 50
Jérôme Lagouanère
Actualité des Pères de l'Église 63

Référence: 9782853138543